Anthony McCartan

Notre cher ami et collègue Anthony McCartan, fondateur du groupe, est mort d'un cancer le 4 septembre 2004. Nous ne l'oublierons jamais. Ses compositions resteront toujours dans notre répertoire. Sa musicalité et son originalité continuent de nous inspirer et de nous influencer.


Anthony Mc Cartan

Bien que je fus exposé à la musique traditionnelle irlandaise depuis mon enfance, ce n'est pas avant l'âge de treize ans que j'ai acheté mon premier disque de musique folklorique. Je ne sais pas où j'ai trouvé l'argent, je l'ai payé deux Livres Sterling (environ 20 Francs) au Smithfield Market à Belfast.

Les adolescents n'avaient pas le droit d'aller dans les pubs où les sessions (bœufs musicaux) étaient gratuites et vivantes. Il y avait souvent des gens qui chantaient chez moi, ou alors c'était la radio ou les 45 Tours comme "Carrickfergus" des Johnstons et The Dubliners étaient célèbres grâce à leurs tubes : "Seven Nights Drunk" ou "Dirty Old Town".

Ma mère nous a emmené voir The McPeaks. J'ai pris des cours de danse irlandaise et j'aimais la musique Ceilidh, mais j'ai décidé d'arrêter quand j'ai pensé à ce que mes amis me feraient s'ils me voyaient en kilt. Les hommes ne portent pas de jupes. Mes sœurs en portaient et elles ont continué la danse. Les filles étaient enviées par leurs camarades car les costumes étaient jolis et les jupes courtes étaient à la mode et les bonnes sœurs ne pouvaient pas les battre puisque c'était traditionnel.

C'était le disque de Sweeny's Men. Un jalon dans la musique folklorique : Andy Irvine, plus tard Planxty, Terry Woods, plus tard Woods Band et Steeleye Span, et Johnny Monaghan qui m'a incité à voler une flûte à bec à l'école afin de pouvoir jouer ses mélodies.

Ma sœur sortait avec un musicien professionnel, Gogy McCullogh, et quand il a vu ça, il m'a donné une vraie flûte irlandaise (Tin whistle), et m'a emmené sur les quais, dans le pub 'le Pat's Bar' pour une session. Je n'avais toujours pas le droit, mais la police n'y venait jamais.

J'ai pris ma flûte irlandaise et je suis parti en Italie en stop. Là-bas, j'ai joué dans la rue comme je l'avais fait au cours du trajet. J'ai fais le tour d'Irlande en jouant pour de la bière et des pennies dans les bars de village. Je suis allé en Angleterre où j'ai appris à jouer de la guitare et de la mandoline, et je suis devenu membre d'un groupe dans lequel deux de mes sœurs dansaient. On avait des concerts en Allemagne et en France où le groupe s'est désintégré. Le joueur de banjo, Jeff Coombs, et moi avons fondé The Churchfitters.



Film "In and Out Belfast"

documentaire 73 minutes de Gilles Jouault et Franck Galbrun - 2003

Résumé :

Après trente années d'exil et de renoncement, Anthony McCartan, Irlandais de Belfast décide de retourner pour la première fois dans sa ville natale. Voyage à la fois personnel et symbolique, à l'heure où l'Irlande du Nord se cherche une paix durable.
Anthony McCartan est auteur et musicien. Sur les traces de son passé, dans le Belfast de son adolescence, à travers ses chansons et ses rencontres avec des Irlandais et les membres de sa famille exilés en Grande Bretagne, nous guettons les états d'âme d'un homme qui redécouvre le pays qu'il a fui à cause d'une guerre civile qu'il ne pouvait pas comprendre. Film témoignage, film de mémoire, film poétique et politique qui, sans démonstration, regarde l'avenir sans renier le passé.
" On vivait dans un quartier à majorité protestante. Et d'ailleurs la plupart de mes amis étaient protestants. Ils venaient souvent à la maison, elle était grande puisqu'on était neuf dans la famille. Comme il y avait beaucoup de passage, on ne fermait jamais la porte à clef ... "
" ... Un soir qu'on regardait la télé en famille, deux hommes cagoulés et armés ont débarqué dans le salon. Ils ont menacé de brûler la maison si on ne déménageait pas très vite ... Le lendemain ma mère est allée voir le révérend Ian Paisley, un ultra unioniste qui n'a pas pu, ou pas voulu, nous aider. Moi, je suis allé voir un ami qui, je le savais, était proche de l'IRA. Il a voulu me fournir un pistolet. J'ai refusé et je me suis enfui le lendemain en Angleterre. J'avais peur des représailles (Anthony mime un pistolet braqué sur son genou). "

Une coproduction Candela et TV Rennes avec la participation des Churchfitters et le soutien du Conseil Régional de Bretagne, du Centre National de la Cinématographie.



Interview

paru dans Celtics, n° 2, février/mars 2001.

Anthony McCartan
Musicien et chanteur, Anthony McCartan est le fondateur du groupe The Churchfitters. Né en 1954 à Belfast, il a fui l'Irlande du nord à l'âge de 17 ans alors que sa famille subissait de fortes pressions de la part des milices loyalistes. Pour les besoins d'un documentaire, Anthony envisage de revenir dans la cité de son enfance.
Parle-nous de ce projet de film ?

Nous avons pour ambition de réaliser un documentaire sur un homme né à Belfast et qui revient, après trente années d'exil, voir les changements qui se sont opérés pendant son absence. Je suis "l'homme" en question. Le scénario et la réalisation seront assurés par Gilles Jouault et Franck Galbrun. Nous recherchons actuellement deux producteurs pour financer le projet. On tient déjà quelques pistes. Il est prévu de tourner dans les pays qui ont marqué différents passages de ma vie : Irlande, Angleterre, Belgique et France.

Enfant, comment as-tu vécu le conflit en Irlande du nord ?

Lorsque tu nais à Belfast, il est impossible d'ignorer les problèmes politiques : ils se posent directement à toi ... tu n'as pas le choix. Un jour, adolescent, alors que je me trouvais chez mes parents, des miliciens loyalistes sont entrés avec des armes. Ma mère a demandé à leur chef : "Pourquoi venez-vous chez nous ? Nous n'avons rien fait de mal !". Il a réclamé de ne pas contester. Nous nous sommes ensuite tourné vers leurs opposants de l'IRA pour savoir comment réagir si une telle situation se reproduisait. Ceux-ci m'ont tendu une arme en me disant : "S'ils reviennent, tire !". Moi, je n'avais pas envie de me mêler à ça : je ne voulais tuer personne. Pour finir, j'ai préféré quitter l'Irlandeà l'âge de 17 ans. J'ai beaucoup voyagé : l'Angleterre, l'Italie, la France ... Enfin, je pouvais respirer ! Ma famille est partie s'installer à Brighton, en Angleterre. Seule une de mes soeurs vit encore en Irlande du nord. Elle habite Portadown. Cette ville est réputée pour être l'une des plus "chaudes" du pays car là-bas, les tensions sont toujours vives entre les deux communautés.

Tu n'as pas revu Belfast depuis ces événements ?

Non, pas depuis trente ans. Par contre, il y a dix ans, je suis retourné voir ma soeur à Portadown. Chris et Rosie des Churchfitters m'accompagnaient. Nous en avons profité pour donner un concert.

Quelle est ta position par rapport à la situation en Irlande du nord ?

Je serais le plus heureux des hommes si les protestants et les catholiques pouvaient s'unir ! Tout petit, on est déjà mêlé à ces histoires de politique. On implique les enfants alors qu'ils ne savent même pas différencier le bien du mal. Moi, je me fiche de la politique : je n'ai jamais voté de ma vie. Que tu sois protestant ou catholique, je m'en fous ! Si tu es quelqu'un de bien ou si tu es un con, c'est sur ce point que je fais une différence.

A travers ton groupe The Churchfitters, tu chantes les problèmes de l'Irlande ?

Comme je dis souvent : si la guerre n'avait pas existé, certaines chansons n'auraient jamais vu le jour. Et, inversement, des chansons ont, d'une certaine manière, pu entraîner des guerres. Les paroles qui traduisent le sens d'un combat peuvent être très belles. Mais les mots amènent aussi parfois aux actes. Il m'est arrivé autrefois d'interpréter des chansons "engagées". Aujourd'hui, je préfère écrire des textes sur le conflit sans prendre parti. J'expose alors le point de vue d'un individu qui s'est retrouvé confronté à tout ce bordel ! Les chansons que j'ai composées sur ce thème pourraient illustrer notre documentaire. Quelques unes seulement font partie du répertoire des Churchfitters. Avec le groupe, nous parlons plutôt de la vie en général, sans faire référence au drame irlandais.

Propos recueillis par Anthony Le Breton

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